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Le CNRA au sommet de l’élevage : une première étape du Tour de France de la résilience alimentaire
Article publié le 28 octobre 2026
Nous voulons continuer à manger français, mais nous donnons-nous les moyens de continuer à produire français ? Le 7 octobre 2026, au Sommet de l’Élevage, le Conseil National pour la Résilience Alimentaire (CNRA) a donné le coup d’envoi de son Tour de France avec une première table ronde consacrée à l’élevage résilient. Entre adaptation des exploitations, contractualisation et responsabilité collective, les échanges ont mis en lumière une conviction : les solutions existent, mais leur déploiement suppose de repenser la manière dont les acteurs de la chaîne alimentaire travaillent ensemble.*
La souveraineté alimentaire commence par ceux qui produisent
Produire français, consommer français, préserver nos filières et nos territoires : ces ambitions font largement consensus. Mais derrière elles se cache une réalité plus complexe. Comment maintenir une production agricole nationale lorsque les exploitations doivent composer avec les aléas climatiques, la hausse des charges, les incertitudes économiques et les difficultés de renouvellement des troupeaux ?
C’est autour de cette question que le CNRA a réuni trois acteurs aux perspectives complémentaires : Pierre Bretagne, éleveur, Dominique Guineheux, représentant du Groupe Bigard, et Jean-Baptiste Dollé, de l’Institut de l’Élevage (Idele).
Animée par Béatrice Mottier, déléguée générale du CNRA, cette première table ronde, intitulée « Élevage résilient : les solutions sont déjà là ! », a permis de confronter les réalités du terrain, les engagements des filières et les leviers identifiés par la recherche et l’expertise technique.
Un constat a rapidement émergé : la souveraineté alimentaire ne peut se résumer à notre capacité à produire aujourd’hui. Elle dépend aussi de notre aptitude à maintenir les éleveurs sur les territoires et à leur permettre de faire évoluer durablement leurs systèmes de production.
1. Les solutions existent déjà, et certaines font leurs preuves sur le terrain
Et si la première réponse à la résilience consistait à mieux valoriser ce que nos territoires nous offrent déjà ? C’est notamment le choix de Pierre Bretagne. Sur son exploitation, il a développé un système d’engraissement adapté à la saison de pousse de l’herbe. Des animaux sont achetés au début de cette période, valorisent les surfaces en herbe, puis quittent l’exploitation à la fin de la saison. Cette organisation lui permet de tirer parti des ressources disponibles sans augmenter proportionnellement ses besoins en stocks fourragers, en mécanisation ou en investissements. Elle offre également une certaine souplesse pour adapter le nombre d’animaux aux conditions de l’année.
Une illustration concrète de ce que peut être la résilience : non pas appliquer partout un modèle unique, mais construire un système cohérent avec les ressources, les contraintes et les opportunités de son territoire.
Jean-Baptiste Dollé a élargi cette réflexion en rappelant l’existence de nombreux leviers techniques : amélioration de la gestion des troupeaux, optimisation des performances, pâturage, rotations culturales ou encore préservation de la matière organique des sols.
Le lien entre élevage et sol apparaît ici fondamental. L’élevage contribue à la fertilité des terres, notamment par les apports de matière organique, tandis que les surfaces agricoles constituent une ressource essentielle pour nourrir les animaux.
Cette complémentarité, parfois fragilisée par la spécialisation des systèmes agricoles, représente un levier important pour renforcer la résilience des exploitations et des territoires.
Mais si les solutions sont identifiées, pourquoi ne sont-elles pas davantage déployées ?
Parce que leur mise en œuvre suppose du temps, des compétences, des investissements et, surtout, un accompagnement adapté à chaque exploitation.
2. La transition a un coût : qui doit le supporter ?
C’est l’un des sujets centraux de cette première étape. Adapter un élevage au changement climatique, améliorer ses performances environnementales ou transformer son système de production représente un investissement. Or, les éleveurs supportent déjà une grande partie des risques liés à leur activité. Aux risques économiques et climatiques s’ajoute un autre facteur, soulevé par Pierre Bretagne : le risque médiatique. Une controverse touchant l’élevage peut affecter l’image de toute une filière, avec des conséquences que les producteurs, individuellement, disposent de peu de moyens pour maîtriser.
Dès lors, une question se pose : peut-on demander aux éleveurs d’assumer seuls les transformations nécessaires à la résilience de notre système alimentaire ?
Pour Dominique Guineheux, le maintien de la production française constitue un enjeu stratégique. Le représentant du Groupe Bigard a notamment rappelé les conséquences de la décapitalisation du cheptel bovin sur notre capacité future d’approvisionnement. Face à cette situation, le groupe mise notamment sur la contractualisation avec les producteurs, afin de leur apporter davantage de visibilité et de sécuriser certaines conditions économiques de leur activité. Mais cet engagement comporte lui-même des risques pour l’industriel, notamment lorsque les prix du marché évoluent défavorablement par rapport aux engagements pris. Cet exemple illustre toute la complexité du partage des risques au sein de la chaîne alimentaire.
Jean-Baptiste Dollé a, de son côté, insisté sur la nécessité de construire des trajectoires d’accompagnement à l’échelle des exploitations, associant expertise technique et solutions de financement.
Car la transformation des systèmes agricoles ne pourra pas reposer uniquement sur la volonté des producteurs. Elle nécessite l’implication des acteurs économiques, des filières et potentiellement des territoires.
La question n’est donc plus seulement de savoir comment produire autrement, mais comment financer collectivement les conditions de cette transformation.
3. Sortir des silos pour construire une résilience collective
Un éleveur peut adapter ses pratiques. Un industriel peut contractualiser. Un institut technique peut identifier des solutions. Mais que valent ces initiatives si elles restent isolées ? Tout au long des échanges, les intervenants ont souligné l’interdépendance des différents maillons de la chaîne alimentaire.
La résilience d’une exploitation dépend aussi de ses débouchés. Celle d’un transformateur dépend de la disponibilité de la production. Et celle d’une filière repose sur sa capacité à répondre durablement aux attentes des consommateurs. Pourtant, les acteurs travaillent encore trop souvent selon des logiques cloisonnées.
Jean-Baptiste Dollé a notamment évoqué la nécessité de mieux partager les données issues des exploitations. Aujourd’hui, les producteurs sont sollicités pour renseigner de nombreux indicateurs techniques, économiques ou environnementaux, sans que ces informations soient toujours mutualisées entre les différents acteurs qui les accompagnent.
Une meilleure circulation des données pourrait faciliter le suivi des performances, limiter la multiplication des démarches et renforcer la cohérence des actions engagées. Mais le décloisonnement doit aller au-delà des outils ; il suppose de rapprocher les filières, de mieux coordonner les initiatives et de construire des engagements qui associent davantage les producteurs, les transformateurs, les distributeurs et les consommateurs.
La question de la valorisation de la viande française a ainsi occupé une place importante dans les discussions. Dominique Guineheux a notamment défendu l’idée de mieux promouvoir le steak haché français, produit emblématique de la consommation de viande bovine, afin de reconnecter les consommateurs à l’origine et à la valeur de leur alimentation.
Car préserver la production nationale ne dépend pas uniquement de ce qui se passe dans les exploitations. Cela suppose également de créer des débouchés, de reconnaître la qualité des produits et de permettre aux consommateurs de comprendre ce qui se joue derrière leurs choix alimentaires.
Produire français est un enjeu de souveraineté. Donner les moyens de continuer à produire français est un enjeu de résilience.
De la résilience des exploitations à celle de toute la chaîne alimentaire
Cette première table ronde a mis en évidence un point essentiel : la résilience ne se construit pas à un seul niveau. Elle commence dans les exploitations, par des choix techniques et économiques adaptés aux territoires. Elle se prolonge dans les filières, à travers la contractualisation, l’accompagnement et le partage des risques. Elle dépend enfin de la capacité de l’ensemble des acteurs à travailler dans une logique commune, jusqu’au consommateur. Les échanges ont également montré qu’il n’existe pas de solution universelle. Chaque territoire dispose de ses ressources, de ses contraintes et de ses propres leviers d’action. L’enjeu n’est donc pas d’imposer un modèle unique, mais d’identifier les conditions permettant aux solutions qui fonctionnent de se développer. Et surtout, de ne pas dissocier les dimensions économiques, environnementales et humaines de la transformation.
Une exploitation ne peut être considérée comme résiliente si sa viabilité économique est compromise. Une filière ne peut être durable si les producteurs qui l’alimentent disparaissent. Et une ambition de souveraineté ne peut se concrétiser sans une mobilisation de l’ensemble de la chaîne alimentaire.
Le Tour de France du CNRA : faire émerger des réponses communes à partir des territoires
C’est précisément l’ambition du Tour de France engagé par le CNRA. À travers cette première étape au Sommet de l’Élevage, l’association a souhaité partir des réalités du terrain pour confronter les expériences, identifier les freins et mettre en lumière les solutions déjà à l’œuvre. L’objectif n’est pas de multiplier les constats, mais de nourrir une réflexion collective et de faire émerger, au fil des rencontres, des principes communs pour renforcer la résilience alimentaire des territoires.
Cette première étape consacrée à l’élevage rappelle ainsi une évidence trop souvent oubliée : notre capacité à nous nourrir demain dépend des décisions et des engagements que nous prenons collectivement aujourd’hui.
Les solutions sont déjà là. Reste à créer les conditions économiques, techniques et collectives pour qu’elles puissent changer d’échelle.**
Et c’est tout le sens de ce Tour de France : rapprocher les acteurs, dépasser les logiques de silos et transformer les expériences du terrain en leviers d’action pour l’avenir de notre alimentation.
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*Le CNRA remercie Pierre Bretagne, Dominique Guineheux et Jean-Baptiste Dollé pour la richesse de leurs contributions, Béatrice Mottier pour l’animation de cette table ronde, ainsi que l’Agence Communicante et Agrilys pour leur accueil au Sommet de l’Élevage.*
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