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« Manger local, un levier de transitions » : un événement dédié à la restauration scolaire à l’Assemblée Nationale
Article publié le 17 juin 2026
Le 11 juin 2026, à l’Assemblée nationale, élus, collectivités, agriculteurs, acteurs de la restauration collective et experts étaient réunis à l’initiative de Nuances d’Avenir, en partenariat avec le Conseil National pour la Résilience Alimentaire (CNRA) pour une matinée d’échanges autour du sujet « Manger local, un levier de transitions ». Cet événement, soutenu par les députés Guillaume Garot et Loïc Kervran qui nous ont partagé leurs convictions fortes et respectives sur les enjeux du manger local et la restauration collective, a permis de franchir une étape : passer du constat à la démonstration, en s’appuyant sur une première étude nationale d’impact socio‑économique du local dans les cantines scolaires (primaires et maternelles).
La restauration scolaire : un levier de développement économique et territorial massif, encore sous-exploité
Chaque jour, plus de sept millions de repas sont servis dans les cantines scolaires (ADEME). Ce rendez-vous quotidien rassemble 75% de nos élèves. Derrière ces chiffres se cache un levier considérable : celui d’un système capable, à lui seul, de structurer des filières agricoles, de soutenir l’emploi local et de transformer durablement les territoires. Pour l’encadrer, la loi EGAlim, complétée par la loi Climat et Résilience, fixe un cadre et impose au moins 20 % de bio, et depuis 2024 au moins 60 % de produits durables et de qualité pour les viandes et poissons, taux porté à 100 % pour les cantines d’État. Toutefois, elle évacue la question de l’approvisionnement local, alors que 85% des Français déclarent que consommer local est important pour eux (Ipsos pour le SNRC, 2026).
Sur le terrain, les initiatives se multiplient déjà pour renforcer l’ancrage local de l’approvisionnement en restauration scolaire. C’est de ce constat partagé qu’est né le programme Ma Cantine locale, porté par Nuances d’Avenir, une association engagée en faveur d’une écologie ancrée dans les territoires en partenariat avec le CNRA.
Le projet poursuit trois objectifs : sensibiliser les enfants à une alimentation de qualité, garantir un revenu pérenne aux agriculteurs français, leur permettant, lorsque c’est possible, d’évoluer vers des modèles plus durables, et dynamiser les territoires.
Une étude inédite pour objectiver le débat
Présentée lors de l’événement du 11 juin, l’étude d’impact réalisée par Vertigo Lab apporte pour la première fois une vision chiffrées des retombées socio-économiques de l’approvisionnement local.
Un premier constat, les produits locaux représentent aujourd’hui 33% des approvisionnements des cantines scolaires (écoles maternelles et primaires). Une dynamique encourageante qui témoigne de l’engagement croissant des collectivités, des producteurs et des acteurs de la restauration collective.
Selon les modélisations de l’étude, les achats alimentaires locaux dans les cantines scolaires publiques représentent déjà 601 M€ de dépenses et génèrent près de 978 M€ d’activité économique sur le territoire national chaque année. L’étude met en évidence un puissant effet multiplicateur : 1 M€ investi dans des produits locaux génère 1,63 M€ d’activité économique en France et soutient 9,2 emplois équivalent temps plein sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

L’étude va plus loin et modélise trois scénarios prospectifs à l’échelle nationale :
- Une progression réaliste du local : avec 36 % de produits locaux, l’activité économique générée par l’achat de produits locaux par la restauration collective attendrait 1 045 M€ pour 5 886 emplois soutenus dans l’économie grâce aux achats des denrées alimentaire (ne prend pas en compte les emplois dans les cantines) et 310 M€ de richesse créée sur le territoire.
- Un changement d’échelle : en portant la part de produits locaux à 44 %, l’activité économique générée atteindrait 1 306 M€ pour 7 355 emplois soutenus et 390 M€ de richesse créée.
- Une transformation structurelle : avec 62 % de produits locaux, l’activité économique générée atteindrait 1 816 M€ pour de 10 300 emplois soutenus et 500 M€ de richesse créée.
Les cantines scolaires constituent donc bien plus qu’un service de restauration : elles représentent un débouché structurant pour l’agriculture française, soutenant producteurs, transformateurs, logisticiens et emplois de proximité dans l’ensemble des territoires.
Des freins identifiés et des solutions à porter à l’échelle
La matinée du 11 juin visait aussi à engager un débat autour des enseignements de l’étude, des propositions concrètes émergeant des cinq groupes de travail thématiques réunis entre novembre et décembre 2025, et de l’enquête de terrain conduite en 2026 auprès de 64 professionnels de cantines municipales. Si les initiatives en faveur de l’approvisionnement local se multiplient partout en France, leur généralisation reste confrontée à plusieurs obstacles. 3 principaux freins ont été identifiés : les volumes, la logistique, la réglementation. L’enjeu désormais n’est plus d’expérimenter, mais de permettre un véritable changement à l’échelle nationale. Adapter les marchés publics pour les rendre accessibles aux producteurs locaux, mieux former les acteurs de la restauration collective, structurer les filières pour sécuriser l’offre : ces pistes concrètes ont été évoquées lors de la table ronde.
Et si la restauration collective était un des pivots de la résilience alimentaire des territoires ?
La matinée du 11 juin a marqué une étape importante : dialoguer, échanger, objectiver et avancer avec un objectif ; le passage d’une somme d’initiatives locales à une vision structurée, outillée et chiffrée.
Les cantines scolaires peuvent devenir un outil concret de soutien à l’agriculture française, de transition environnementale et de résilience des territoires. Le défi aujourd’hui n’est plus d’expérimenter, mais de permettre le passage à l’échelle avec l’exigence de conjuguer relocalisation et durabilité. Le défi est de construire des systèmes alimentaires capables de répondre aux enjeux économiques, environnementaux, sociaux et sanitaires auxquels nos territoires sont confrontés.
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